Une petite vallée pour un grand fleuve. Le Pô, le plus grand cours d'eau italien, prend sa source au Mont Viso et parcourt la vallée escarpée et encaissée comme un torrent tumultueux. Depuis Pian del Re, où il naît, le grand fleuve perd 1400 mètres de dénivelé en 22 km environ. Toutefois, les points d'intérêt de ces vallées ne sont pas seulement la primauté du fleuve le plus grand et la cime incomparable du « Roi de Pierre », surnom du Mont Viso. Les témoignages artistiques du marquis de Saluzzo sont le fil conducteur de la visite, de l'abbaye de Staffarda au sanctuaire de S. Chiaffredo à Crissolo.

Le parcour de visite

Non loin des rivages du Pô, l'abbaye cistercienne de Staffarda fut fondée au XII° siècle, grâce à une donation des marquis de Saluzzo. Le complexe est très morcelé : parmi les différents édifices de style gothique ou romano-gothique présents dans l'enceinte, l'église mérite une visite. Elle est précédée d'un narthex et un cloître se trouve à ses côtés, en partie endommagé par les troupes françaises en 1690. Annexés au complexe, la Loggia del Mercato et l'Ospizio dei pellegrini sont tous deux de style gothique. L'abbaye a eu un rôle fondamental dans l'amélioration et la valorisation du territoire à l'époque médiévale, lorsqu'elle fut un des majeurs centres économiques et agricoles du Piémont.

On s'approche de l'entrée de la vallée Infernotto en suivant la route pour Envie, où se trouve le château des Malabaila, édifié au XIV° siècle et refait en style néogothique. L'église paroissiale baroque de Ss. Marcellino e Pietro conserve le clocher roman du XII° siècle. On continue vers Barge, que le torrent Infernotto divise en Borgo Vecchio Superiore et Inferiore. Déjà mentionnée autour de l'an mille, Barge se dresse sur le lieu habité depuis l'antiquité et où il y avait peut-être un pagus romain. Le centre historique conserve des maisons médiévales de la fin du XV° siècle et une monumentale église paroissiale baroque de S. Giovanni Battista, œuvre de Francesco Gallo (1730-38), avec un clocher de style roman lombard, déjà inhérent à l'église médiévale. Sur les hauteurs qui dominent le village, adossé au Mont Bracco, se dresse le château du XII° siècle, en partie détruit par les troupes françaises en 1554.

Avec la SP27, on poursuit pour Bagnolo Piemonte, un centre artisanal où l'on travaille la pierre de Luserna, extraite des nombreuses carrières de la zone. Le village se situait à l'origine au pied du château des Malingri (XII° s.), au sud-ouest de l'actuelle agglomération : le complexe châtelain comprend aussi le Palais ou Château Piano et un vaste parc. Il est encore aujourd'hui la propriété des héritiers des comptes Malingri de Bagnolo. Le Palais Malingri a absorbé la chapelle plus ancienne de S. Sebastiano, où ont été restaurées les fresques du XV° siècle, représentant le saint titulaire et un cycle sur la Passion du Christ. Le village de Bagnolo, rattaché au château à l'époque médiévale, s'est développé à partir du XVI° siècle sur la plaine, sur le site du couvent de S. Pietro. Le clocher de style romano-gothique est tout ce qui reste de l'ancienne église du couvent érigé par les canoniques d'Oulx. L'église paroissiale néogothique date du XIX° siècle.

On rejoint la courte vallée Bronda depuis Saluzzo, avec la SP47, qui, au début, remonte la vallée parmi les vergers, donc dans un environnement boisé. Peu avant d'arriver à Castellar, la chapelle champêtre de S. Ponzo (XIII° s.) conserve des fresques datant de la moitié du XV° siècle, œuvre de Pietro de Saluzzo. Castellar est dominé par le château des marquis de Saluzzo (privé), édifié au XV° siècle sur une maison forte du siècle précédent. À l'intérieur, se trouve un musée ethnographique, pouvant être visité avec le château à l'occasion de la manifestation régionale «Castelli aperti» (Châteaux ouverts). La route provinciale atteint ensuite Pagno, qui se dresse autour du monastère de S. Colombano, fondé à l'époque lombarde. L'église actuelle, détruite pendant les invasions sarrasines, fut reconstruite et ainsi encore remaniée au XVIII° siècle. Elle conserve le clocher roman du XI° siècle et une fresque représentant Saint Michel, attribuée à Hans Clemer. Au bout de la vallée se trouve Brondello, regroupé autour de la Tour de l'Horloge et des ruines du château. Sur la façade de l'église paroissiale de l'Assunta domine un Saint Christophe (XV° s.).

Pour la vallée Po, l'itinéraire de visite part de Staffarda et la SP222 atteint Revello, au pied du versant méridional du Mont Bracco. Le village a été fortifié par les marquis de Saluzzo au XV° siècle et une partie des ouvrages défensifs sont visibles dans les remparts rescapés, dans Porta Soprana, dans le Rivellino et dans la rocca di Bramafam. Le château marquisal, qui donne sur la place Denina, abrite aujourd'hui la Mairie. Il fut érigé au XV° siècle comme demeure résidentielle de Ludovic II et de sa femme Marguerite de Foix. La chapelle marquisale, au niveau de l'unique tour rescapée du château, est ouverte aux visites : de style gothique, elle conserve des fresques attribuées à Hans Clemer (XVI° s.) avec des histoires de saints et le couple des marquis avec les enfants. De plus, la réplique du dernier souper de Leonard de Vinci, réalisée en 1519, est intéressante. Toujours sur la place Denina, dans les locaux de l'ancien asile, siège le Musée naturaliste du fleuve Pô, aux finalités didactiques. Aux limites occidentales de l'agglomération se trouve la Collegiata, construite en style gothique et ornée sur la façade du portail de la Renaissance, œuvre de Matteo Sanmicheli de Porlezza. À l'intérieur se trouve le polyptyque des Saints Pierre et Paul et autres saints de Hans Clemer et deux autres polyptyques du XVI° siècle, œuvre de Pascale Oddone.

Avec la SS662, remontant la vallée Po, on sort de Revello en direction du sud, jusqu'à Rifreddo, centre agricole adossé au versant méridional du Mont Bracco. Au XIII° siècle, il s'y trouvait le siège du monastère féminin cistercien de S. Maria della Stella, fondé sur initiative des marquis de Saluzzo. Il reste des traces de la façade de l'église et des murs d'enceinte, englobés dans une ferme de la via del Monastero. Le Palais de la Commune avec une façade romane originale date du XV° siècle.

Une fois passé le fleuve, on atteint Sanfront, dont les premières traces remontent au XI° siècle. Il se dresse au pied du château détruit au XVII° siècle. On parcourt la rue centrale, via Mazzini, avec ses arcades médiévales, jusqu'à l'église paroissiale de S. Martino, datant du XV° siècle, mais remaniée au XIX°. À l'extérieur de l'abside, elle conserve de l'église médiévale des fresques représentant une Madone trônant. On continue sur la route nationale jusqu'au hameau Robella : de la bourgade Garzini, sur l'autre versant de la vallée, ou bien du hameau suivant Rocchetta, on rejoint avec une partie à pied Balma Boves, un site rupestre niché dans un repli de rocher sur le Mont Bracco et habité jusqu'aux années 50. Le complexe a été restauré et il est accessible avec des visites guidées pendant les jours fériés.

On poursuit le parcours sur la SS662 jusqu'à Paesana que le fleuve divise en deux bourgs distincts, S. Margherita et S. Maria. L'église paroissiale baroque de S. Maria conserve en façade deux statues du XVI° siècle, représentant le marquis de Saluzzo Ludovic II et un abbé. La randonnée à Agliasco est vivement conseillé, avec sa vue panoramique sur le Mont Viso. On continue sur la route provinciale, dans la vallée qui se fait plus étroite : les villages suivants se dressent à mi-hauteur, généralement sur des coteaux bien exposés. Sur la rive droite orographique, rejointe par une route très escarpée et, par moments, sculptée dans la roche, Oncino est composé de divers hameaux au milieu des pâturages, sur un contrefort orienté sud. Le village a souffert d'une forte émigration qui a réduit la population résidente. C'est le point de départ pour de belles randonnées : Madonna del Bel Faggio se rejoint par un sentier d'une demi-heure environ. La route départementale du fond de vallée atteint l'embranchement suivant qui mène à Ostana, un village balcon perché sur la pente raide et boisée, avec plusieurs hameaux. Le panorama sur le Mont Viso est grandiose depuis le hameau chef-lieu (La Villa), récemment l'objet d'un programme de reclassement urbaniste, dans le but de conserver les typologies architecturales traditionnelles. Dans le vieux palais communal est installé le musée ethnographique Ostana - Haute vallée Po, dédié, notamment, au travail du chanvre. Toujours depuis La Villa, le réseau de parcours de randonnées « Le vie d'Oustano » nous amène à connaître les diverses bourgades et les zones de pâturage. À S. Bernardo, la chapelle dédiée au saint conserve des fresques datant de la fin du XV° siècle.

On poursuit vers le bout de la vallée jusqu'à atteindre Crissolo, situé dans une cuvette plus ouverte et lui aussi composé de divers hameaux. Le village est équipé d'une petite station de ski alpin. À l'est du chef-lieu, à 1417 m d'altitude, se dresse le sanctuaire de S. Chiaffredo, érigé sur le lieu du martyre du soldat de la légion thébaine. Il fut construit au XV° siècle sur des édifices plus anciens et conserve à l'intérieur environ un millier d'ex-voto. La façade néogothique date des premières années du XX° siècle. Après le village de Crissolo, la route continue vers Pian della Regina, puis, toujours plus escarpée et étroite, elle grimpe jusqu'à Pian del Re, le point de départ pour les randonnées au Mont Viso.

Le Parc naturel du Pô

Le massif du Mont Viso et toute la zone fluviale du Pô appartiennent à la partie cuneese du parc régional du Pô, qui protège une vaste bande de territoire autour du grand fleuve, des Alpes jusqu'à la plaine de la Lomellina. Parmi les milieux les plus précieux de la vallée Pô, il faut rappeler les lacs glacés qui alimentent la source du fleuve et le tourbier de Pian del Re, où vivent des endémismes rares, comme la salamandre noire de Lanza. Un autre endroit digne d'intérêt est le point de confluence du torrent Bronda avec le Pô, près de l'abbaye de Staffarda. Il est caractérisé par de vastes grèves et des bois riverains encore sauvages, dans un contexte d'agriculture intensive. Plusieurs centres de visite et des aires aménagées (existantes et en cours de réalisation) permettent d'apprécier ces milieux : à Paesana, en aval du pont ; à Paracollo, au pont Pesci Vivi, non loin de Saluzzo, où l'on trouve une ferme et une zone de 19 hectares, en partie reboisée.