Ce territoire est très vaste et sinueux, mais aussi très peu connu et fréquenté. À une si courte distance de Turin, il abrite un des lieux du Piémont d'une véritable naturalité et ce n'est pas par hasard qu'il y a deux parcs naturels. Le nom même de la vallée Chisone en dit long : il dérive du terme latin clausum, fermé. Ainsi, des vallées fermées, isolées, mais aussi des terres de frontière : divisées et disputées par le passé entre le règne de France et le duché de Savoie, elles jouissaient toutefois de vastes autonomies, justement du fait de leur isolement. Ce territoire a fait partie, au Moyen âge, de la république des Escartons, qui garantissait aux individus des libertés personnelles considérables.

Le parcours de visite

L'itinéraire commence dans la plaine pinerolese, sur laquelle convergent, outre la vallée Pellice, les courtes vallées des torrents Lemina et Noce. Pinerolo fut une des plus importantes places fortes d'Europe entre le XVI° et XVII° siècle et il conserve en bonne partie, malgré la démolition de nombreux ouvrages militaires, un aspect baroque et militaire. Autour de la belle place d'Armi (aujourd'hui place Vittorio Veneto), se trouvent le palais Vittone, qui abrite la Collection civique d'art, et la Mairie, autrefois Arsenal de la Cavalerie (XVII° siècle, remanié dans les années 20 du XX°). Pinerolo dispose aussi d'un Musée d'art préhistorique et d'archéologie et anthropologie (CESMAP) : en plus de son activité didactique, il gère les espaces d'exposition du Palais du Sénat médiéval et de l'église de S. Agostino. On peut aussi visiter le Musée historique national de l'Arme de Cavalerie, dans l'ancienne École de Cavalerie. Le dôme de S. Donato date du XI° siècle, mais il a été refait aux siècles suivants. L'église de S. Maurizio, dans la ville haute, a également des origines médiévales (XI° s.), mais elle fut agrandie au XIV° siècle dans les formes gothiques.

De Pinerolo, le parcours continue à l'ouest, au-delà du Chisone : une fois dépassé le fleuve, sur les hauteurs, se trouve le château de Miradolo, aujourd'hui résidence au style néogothique du dix-neuvième siècle, mais attestée dès le XI° siècle comme possession de l'abbaye bénédictine de S. Maria di Pinerolo. Le château médiéval, poste de contrôle à l'entrée de la vallée Chisone, fut détruit au XVI° siècle. À S. Secondo di Pinerolo, l'église paroissiale, édifiée en 1773, est de style baroque piémontais. On poursuit encore vers Prarostino, une autre commune de langue occitane formée de hameaux dispersés, sur des reliefs collinaires cultivés de vignes. Dans le hameau chef-lieu S. Bartolomeo se trouve le Musée de la viticulture.

Au nord de Pinerolo, on remonte avec la SP167 la vallée Lemina, en atteignant S. Pietro in val Lemina et Talucco, le dernier hameau de Pinerolo où l'on parle occitan. La vallée est connue pour la production des tomini di Talucco.

De Pinerolo, on remonte la vallée Chisone avec la SR23 qui rejoint Abbadia Alpina, autrefois le siège de l'abbaye de S. Maria di Pinerolo. Elle fut fondée au XI° siècle par Adélaïde de Suse qui l'a dotée d'énormes biens, parmi lesquels les vallées entières Chisone et Germanasca, de vastes possessions en Ligurie, dans le Monregalese et le long du cours du Pô. L'abbaye fut détruite par les Français en 1693 et reconstruite au XVIII° siècle ; la façade de l'imposante église de S. Verano, achevée en 1724, est attribuée à Filippo Juvarra. On continue vers S. Germano Chisone, sur la rive droite orographique de la vallée ; dans la vieille école, on peut visiter le Musée vaudois, dédié à la condition de la femme. La mairie occupe la villa Widermann, à laquelle est annexé un grand parc public, d'où partent divers itinéraires de randonnées sur la droite orographique du Chisone (parcours VerdeAcqua). Depuis S. Germano, on monte à Pramollo, dans la vallée latérale Risagliardo. La commune compte plusieurs hameaux : à Pellenchi, dans l'école Beckwith se trouve le Musée vaudois sur l'instruction ; à Ruata le temple vaudois ; dans la localité de Roccio Clapier un site archéologique avec environ 700 gravures rupestres.

Sur le versant opposé, après une courte distance, on rejoint Villar Perosa, important centre industriel et village natal de Giovanni Agnelli (1866), fondateur de la FIAT. En position surélevée, l'église monumentale de S. Pietro in Vincoli fut refaite dans la première moitié du XVIII° siècle, selon un projet attribué à Filippo Juvarra. Non loin de là se trouve la villa Agnelli, ancienne maison de chasse des contes Piccone (XVIII° s.), entourée d'un vaste parc (non visitable). À Villar Perosa, dans les ateliers OVMP, on peut visiter le Musée de la mécanique et du roulement, qui illustre certaines des activités industrielles du village.

L'agglomération suivante qui longe la route départementale est Pinasca, sur la rive gauche orographique, tandis que la commune Inverso Pinasca se trouve sur le côté opposé du Chisone, où furent confinés les Vaudois au XVII° siècle. À Pinasca on peut visiter le musée Abitare in valle, dédié au travail du bois. On continue vers Perosa Argentina, un centre industriel textile précoce, construit dans la cuvette au confluent du Chisone avec le Germanasca. Dans le village, un circuit de visite aux sites d'archéologie industrielle est mis en place par l'Association Écomusée de Perosa Argentina, vallées Chisone et Germanasca. Les deux refuges aériens construits entre 1941 et 1944 sont aussi particulièrement intéressants et aujourd'hui ils peuvent se visiter. L'église paroissiale baroque de S. Genesio est mentionnée dans les sources du XII° siècle.

Après Perosa Argentina, la vallée du Chisone se resserre. Une fois passé Depôt, le versant qui descend du mont Orsiera est entièrement occupé par les fortifications de Fenestrelle (XVIII° s.), un complexe de trois forts, de plusieurs batteries et réduits, et un escalier couvert faisant communiquer les très grands espaces de cet ouvrage militaire, qui ne fut jamais assiégé. La route atteint le village de Fenestrelle, puis d'Usseax, situé sur un coteau, au milieu des prés. Le centre conserve de belles maisons de pierre, récemment revalorisé avec la réalisation de peintures murales ; au hameau Balboutet, on peut suivre un parcours didactique dédié aux cadrans solaires anciens et de réalisation nouvelle.

On poursuit vers le bout de la vallée, jusqu'à la cuvette où se trouvent les hameaux dispersés de Pragelato, un centre équipé pour les sports d'hiver (ski alpin et ski de fond). Dans le hameau chef-lieu de Ruà se trouve l'église paroissiale de S. Maria Assunta (XVII° s.) ; à Rivets, le Musée du costume et le Musée des Escartons. Les cadrans solaires et les fontaines des XVII° et XVIII° siècles sont nombreux, portant tantôt les lys de France, tantôt la croix de Savoie.

Sur la prairie du col entre la vallée Chisone et la vallée de la Dora Riparia se trouve la station pour les sports d'hiver de Sestrière (voir itinéraire suivant).

Escarpée et isolée, la vallée Germanasca, ou val S. Martino, se sépare de la vallée Chisone à Perosa Argentina. La porte de la vallée est Pomaretto, qui était un emplacement fortifié sur les deux versants de la vallée. Il doit son nom aux étendues cultures de pommiers d'autrefois. L'École latine abrite le Musée des métiers anciens (collection Ferrero), originale installation de modèles réduits en bois de buis, qui illustrent divers aspects de la vie du montagnard. En rejoignant Perrero, on pénètre dans la vallée étroite et sinueuse. Parmi les nombreux moulins existants dans la vallée, le moulin Fassi de Perrero est en fonction et peut se visiter.

Peu après Perrero, la vallée se divise. En direction nord-ouest, on continue dans la vallée de Massello et son environnement sauvage. On atteint les hameaux dispersés de Salza di Pinerolo et de Massello, dans la vallée qui se resserre encore jusqu'au village de Balziglia, accroché au pied du sommet des Quattro Denti. Il fut le dernier refuge des Vaudois au terme du Glorieux Rapatriement et subit le siège de l'armée française, pendant l'hiver entre 1689 et 1690. Dans la vieille école, un musée en rappelle l'histoire.

De Perrero on continue en direction de Prali, dans la vallée étroite et sauvage. Sur la rive droite orographique de la vallée, à Paola, se trouve la mine de talc de Prali, la plus grande d'Europe, visitable grâce au projet « Scopriminiera ». On poursuit sur la SP169 qui remonte la vallée dans un beau décor naturel. Un bref détour mène à Rodoretto, dans un vallon latéral, où l'on peut visiter le petit musée ethnographique. En continuant le long du fond de vallée principal, on arrive à Ghigo, chef-lieu de la commune étendue de Prali, avec un petit centre pour les sports d'hiver. Parmi les randonnées possibles à la tête de la vallée, celle du haut plateau des Tredici Laghi est particulièrement intéressante.

La république des Escartons

La république de la Grande Charte est née en 1343, grâce aux accords entre le Dauphin Umberto II et les 50 communautés des vallées alpines autour du Mont Viso : elle s'étendait sur cinq « Escartons », qui comprenaient la région de Briançon - la capitale - le Queyras, la vallée Varaita jusqu'à Sampeyre, la haute vallée Chisone jusqu'à Perosa Argentina et le Haut Val de de Susa, jusqu'à Oulx et Bardonecchia. La population, éparpillée sur un territoire de montagne, comptait 40 000 habitants. Les accords concédaient aux populations le droit d'élire ses représentants, de légiférer en matière civile et pénale, la gestion du territoire et des ressources, la liberté de mouvement, le droit de propriété privée (même pour les femmes) et la possibilité de levier fiscal. En échange, les communautés s'engageaient à verser 12 000 florins d'or annuels et une rente de 4000 ducats. Un des effets secondaires de cette forme embryonnaire de démocratie fut le très haut niveau d'instruction de la population, un phénomène connu comme le « paradoxe des Alpes » : 9 personnes sur 10 savaient lire, écrire et compter. Le traité d'Utrecht, en 1713, mit fin à la république des Escartons et divisa le territoire entre le règne de France et le duché de Savoie.