Le début symbolique de cette vallée peut parfaitement être placé dans le centre de Cuneo, sur le corso Francia qui pointe en ligne droite vers le col de la Maddalena. La vallée Stura paye le fait d'être un couloir de passage transalpin fréquenté avec quelques problèmes de trafic. Par le passé, elle fut une voie militaire : les troupes romaines la remontèrent en 77 av. J-C en direction de l'Espagne et des envahisseurs sarrasins en sont descendus au X° siècle. Au Moyen Âge, les troupes de Charles d'Anjou y ont transité en 1259 et celles de François Ier en 1515. La route qui la parcourt, la SS21, fut construite sous Napoléon. La vallée fut ensuite bien défendue par les ouvrages militaires de la maison de Savoie, qui érigèrent le fort Albertino à Vinadio. Au XX° siècle, les ouvrages militaires s'intéressèrent aux zones de haute montagne, où fut construit un réseau de routes militaires, de forts, de tranchées et de postes de défense, le long de la frontière française. Ni le fort de Vinadio, ni les ouvrages réalisés durant le dernier conflit ne vécurent les batailles de l'époque. Et aujourd'hui, ils sont finalement utilisés dans des buts pacifiques : le musée du fort Albertino avec ses espaces d'exposition et le réseau de randonnées sur les routes militaires constituent une richesse pour la vallée. Elle peut aussi compter sur de bonnes infrastructures pour le tourisme hivernal et le ski de fond, sur les thermes antiques de Vinadio et sur les produits agro-pastoraux du territoire.

Le parcours de visite

Sur cette vallée, initialement vaste, dominait l'ancien château de Roccasparvera (La Roca), qui conserve des bâtiments du XV° siècle dans son centre historique. À l'époque médiévale, c'était un centre important et en compétition avec la commune naissante de Cuneo. En continuant au-delà, la vallée se resserre au niveau des agglomérations de Gaiola (Gaiòla) et de Moiola (Moiòla), toutes les deux à courte distance de la Stura di Demonte. Gaiola et Moiola sont des lieux équipés pour pratiquer le canoë. De petits détours mènent aux innombrables hameaux de Valloriate (Valàuria) et de Rittana (Ritana), joliment situés parmi les châtaigniers dans les vallons du même nom, sur la rive gauche orographique.

La vallée s'ouvre dans la vaste cuvette de Demonte (Edmont), probablement de fondation romaine, que la route nationale traverse avec la via Martiri e Caduti della Libertà. La rue est bordée d'arcades et elle conserve de splendides chapiteaux et colonnes romanes. Le Musée ethnographique Lou feracaval, installé dans un ancien atelier de maréchal-ferrant, nous informe sur cette activité du passé. Le village se trouve au confluent du vallon de l'Arma avec la vallée principale : une route carrossable parcourt le vallon jusqu'au col de Valcavera, dans un environnement de qualité, avec des possibilités de randonnées vers la vallée Maira. Sur la rive droite orographique se trouve le hameau Festiona, équipé pour le ski de fond.

La route nationale continue vers Aisone (Aison), dont le territoire est en partie (vallon de la Valletta) compris dans le Parc des Alpes Maritimes : à droite de la route, on remarque de raides parois fortement érodés, avec des grottes fréquentées à la préhistoire. Bien exposé au sud, Aisone compte divers hameaux à mi-hauteur, qui jouissent d'un microclimat méditerranéen.

Étant situé dans un défilé de la vallée, Vinadio (Vinai) a toujours été une forteresse militaire. Le complexe système de défense comprend la batteria Neghino et la postazione Sarzieri en amont du village, sur les deux versants de la vallée, puis le fort Albertino, construit à l'ouest du village, vers la France, entre 1834 et 1847. C'est un des ouvrages militaires les plus importants du Piémont et il nécessita la destruction d'une partie de l'habitat médiéval. Aujourd'hui, au fort, on peut visiter une installation multimédia La montagna in movimento (La montagne en mouvement), sur les milieux, la nature et les perspectives futures des Alpes Maritimes (www.fortedivinadio.it). Le village conserve un centre historique charmant et l'église paroissiale de S. Fiorenzo, avec son beau clocher roman.

Vinadio est le point de départ pour diverses randonnées : vers le vallon de Neraissa, où se trouvent de belles bourgades et quelques maisons avec le toit original en paille de seigle ; vers le vallon sauvage de Riofreddo, sur la rive droite orographique ; vers le sanctuaire de S. Anna di Vinadio, un lieu envoûtant à cheval entre les vallées Stura et Tinée, à 2035 mètres. Il fut érigé au XIV° siècle avec une fonction d'hospitalité sur la route qui relie les deux vallées par le col de la Lombarde. Le sanctuaire est encore aujourd'hui doté d'un hospice-refuge et il est choisi pour des pèlerinages à pied. L'église conserve une intéressante collection d'ex-voto.

En poursuivant le voyage le long de la SS21, après Vinadio, on bifurque vers Bagni di Vinadio (1323), sur la rive droite orographique, où se trouvent les thermes, connues depuis l'antiquité. L'actuel établissement fut érigé au XVIII° siècle puis modifié et agrandi à plusieurs reprises. Il exploite des sources d'eau semi-minérale chlorurée, sulfatée, calcique, lithinée, qui jaillit à une température de 60°. Les établissements sont équipés pour différentes thérapies, pour des traitements de bien-être et dotés de saunas dans des grottes naturelles, de piscines couverte et découverte. En continuant sur la route qui parcourt le vallon de Corborant, on monte au hameau isolé de S. Bernolfo, point de départ pour des randonnées estivales et de ski alpin.

La vallée principale de Stura di Demonte s'ouvre de nouveau sur des cuvettes plus vastes bordées de prairies, au niveau de Sambuco (Lo Sambuc), sur un coteau bien exposé de la rive gauche orographique. Une bonne partie des maisons du village et de ses nombreux hameaux - aujourd'hui avec des toits de tôle - arborait encore il n'y a pas si longtemps les couvertures en paille de seigle. Le village est le principal centre de production de l'agneau Sambucano.

La vallée redevient étroite à proximité de Pietraporzio (Pèirapuerc), aligné le long du fleuve. Peu après, à Pontebernardo (Pontbernard), se trouve l'Écomusée de l'élevage qui illustre les activités traditionnelles et la pratique de la transhumance vers la Provence.

La route nationale continue vers la barrière naturelle des Barricate, une gorge calcaire avec des parois raides, où ont été ouvertes des voies d'escalade sportive. Par le passé, cette gorge fut fortifiée par des ouvrages de défense, dont il reste quelques traces. La montée vers le bout de la vallée se fait plus escarpée et on atteint Bersezio (Bersés), un hameau situé dans une belle cuvette de prairies. Sur la rive droite orographique, une route carrossable monte à Ferriere (Ferrieras), une bourgade qui conserve des exemples intéressants d'architecture alpine. Toujours en montant, on arrive à Argentera (L'Argentiera), le hameau chef-lieu et dernière agglomération avant le col : c'est le point de départ pour des randonnées à ski. La nationale monte en épingles au col de Larche (1996 m, la Maddalena en italien), d'où l'on descend dans la vallée de l'Ubaye et à Barcelonnette.

L'Occitània a pè

En juillet 2008, un groupe d'environ cent personnes s'acheminait de la place de l'église de Vinadio vers la ligne de crête entre l'Italie et la France. C'était la première étape d'un voyage de 70 jours à travers tout le Sud de la France. La destination finale était Vielha, dans le val d'Aran, en Catalogne espagnole. Le voyage, organisé par la Chambra d'Òc, avait comme but la connaissance d'un territoire et le recueil d'informations et de témoignages sur l'état de la langue. Il était ouvert à toute personne voulant se joindre à la marche, même seulement pour une étape. En tout, le groupe fixe - composé de sept personnes - a été accompagné de 1480 présences, avec une moyenne journalière de 20 marcheurs. Des maires et d'autres élus des administrations locales françaises, italiennes et aranaises ont participé à la marche. Les petites et grandes communautés (mais plus souvent petites) ont accueilli les marcheurs avec une hospitalité chaleureuse, montrant par les faits l'actualité et la signification du mot convivencia. Le voyage de l' « Occitania a pè » a laissé une trace longue de 1345 kilomètres, dépassant un dénivelé global de 50 000 mètres. Mais surtout il a servi à sensibiliser le monde occitan et à coordonner les efforts, en vue de la présentation de la candidature de la langue occitane, comme patrimoine immatériel de l'humanité, auprès de l'Unesco.