Privée de cols facilement accessibles, escarpée et encore aujourd'hui riche de vastes étendues de montagne sauvage, la vallée Pellice ne pouvait qu'être le dernier refuge de la dernière hérésie médiévale. L'Église vaudoise a parcouru un long chemin spirituel et supporté d'innommables persécutions, de la prédication de Valdo au XII° siècle jusqu'à la Réforme protestante au XVI° siècle. Plus récemment, elle a apporté une contribution idéale et active, durant le Risorgimento, à l'unité italienne. Une identité forte caractérise encore aujourd'hui les vallées vaudoises : malgré le déclin des perspectives industrielles des centres les plus importants, la vallée Pellice compte sur le tourisme, l'agriculture et la zootechnie pour continuer à être fidèle à cette montagne qui, il y a trois siècles, fut le dernier refuge désespéré.

Le parcours de visite

Une fois quittée la plaine, cultivée principalement de vergers, à l'entrée de la vallée se trouve Luserna S. Giovanni. La commune réunit des hameaux éparpillés sur les deux versants : le chef-lieu est Airali, sur la rive gauche orographique, à prédominance vaudoise tout comme S. Giovanni. Sur le versant opposé se trouve Luserna Vecchia, majoritairement catholique. Les deux communes, séparées en 1657, ne se réunirent qu'en 1871. À l'époque médiévale, Luserna fut le plus important marché de la vallée. À partir du XIX° siècle, il est devenu un actif centre industriel textile et le travail de la pierre de Luserne est encore aujourd'hui un élément important de son économie. Depuis Airali, on monte à S. Giovanni, le noyau le plus ancien, où l'on fait face à l'église catholique de S. Giovanni Battista (XVIII° siècle) et au temple vaudois, construit en 1806 sur un plan elliptique. Ce fut le premier édifice sacré vaudois à être édifié hors des frontières dans lesquelles la religion vaudoise était tolérée. La visite se poursuit à Luserna - placé sur une colline au confluent de la Luserna avec le Pellice - qui conserve l'habitat médiéval et les ruines du château des contes de Luserna. L'église paroissiale de S. Giacomo, refaite au XVIII° siècle, conserve le clocher de l'édifice roman (XI° s.). Au dos de l'église se trouve la Loggia dei Mercanti de l'époque médiévale (XVI°), siège du marché du vendredi, attesté dès le XI° siècle. À côté de l'église, la maison paroissiale, avec ses arcades romanes, fut la demeure des Rorenghi (XIII° s.).

Un embranchement porte à Lusernetta, sur un coteau de l'autre côté du torrent Luserna, où l'on peut visiter la chapelle cimetériale de S. Bernardino. Elle conserve un cycle de fresques du XV° siècle, peintes par le maître de Lusernetta, avec un Christ Pantocrator, des apôtres, la Madone avec l'Enfant parmi les saints et le Sermon de S. Bernardino.

Un court tronçon de la route départementale mène à Torre Pellice, au point de confluence entre Pellice et Angrogna, dans un beau décor de prairies et de résidences avec de vastes jardins, datant en bonne partie du XIX° siècle et début du XX°. Le village doit son nom à une fortification du Haut Moyen Âge, et aux forteresses successives de la maison de Savoie, dont il reste peu de traces. Dans la partie basse de l'agglomération se trouve l'église paroissiale néoclassique de S. Martino ; en continuant par la via Arnaud et la via Beckwith, aux limites occidentales du centre historique, on trouve le quartier vaudois. L'expansion du dix-neuvième siècle de Torre - et qui valut au village la désignation de « Genève italienne » - connut les interventions urbanistes de la première moitié du XIX° siècle, qui lui ont conféré un aspect typiquement anglais. Grâce à l'initiative du révérend William Stephen Gilly et au soutien économique du général John Charles Beckwith, un vaste complexe fut construit où siègent le Collegio della Trinità (1837), le Temple vaudois (1852) et la Maison Vaudoise (1889), siège du synode. Plusieurs édifices, entourés de jardins, accueillent les maisons des professeurs et le pensionnat, où se trouve le Musée historico-ethnographique et la Société d'études vaudoises. À l'angle entre la via Beckwith et la via Roberto D'Azeglio se trouve le monument à Henry Arnaud, guide spirituel et militaire du « Glorieux Rapatriement ».

Depuis Torre Pellice, la SP163 remonte à mi-hauteur la vallée Angrogna, lieu de grande résistance et refuge de l'Église vaudoise : un embranchement mène au hameau Ciabàs, où se trouve le temple édifié en 1555, plusieurs fois détruit et reconstruit. Des officiels et notables vaudois y sont enterrés. Dans le hameau chef-lieu Angrogna se trouve l'église catholique de S. Lorenzo (XVIII° siècle) et le temple, lui aussi plusieurs fois détruit et reconstruit ; un court trajet à pied mène à la Gueiza d'la Tana, une grotte naturelle qui fut le lieu de culte clandestin pendant les persécutions. Au hameau Odin-Bertot on peut visiter l'école musée Beckwith, puis au hameau Serre, le temple du XIX° siècle, lui aussi plusieurs fois refait ; la petite école Beckwith est le siège du Musée des femmes vaudoises. Depuis ce hameau, un sentier mène au pâturage de Chanforan, où en 1532 le synode de l'Église vaudoise adhéra à la réforme protestante. La route remonte la vallée jusqu'à Pradeltorno, où se trouvent l'École des barba, lieu de formation des prédicateurs itinérants, et le temple du dix-neuvième siècle.

La SP161 continue dans le fond de vallée jusqu'à Villar Pellice, où se trouvent le temple vaudois du XVIII° siècle et l'Écomusée d'archéologie industrielle Crumière, qui occupe l'ancienne fabrique de feutre Crumière. D'intéressants cadrans solaires, anciens et de réalisation nouvelle, sont présents dans l'agglomération.

On remonte encore la vallée jusqu'à Bobbio Pellice, dernière commune de la vallée et point de départ pour des randonnées : par une courte promenade depuis la via Sibaud, en passant par le hameau Costa, on rejoint le pâturage de Sibaud, où un monument érigé au XIX° siècle rappelle le serment avec lequel se conclut le Glorieux Rapatriement. Depuis Bobbio, on remonte la vallée des Carbonieri, sur la rive droite orographique, jusqu'à Grange del Pis, où se trouve le refuge Barbara Lowrie, point de départ pour des randonnées vers le massif du Mont Viso. En poursuivant sur la route départementale jusqu'à Villanova et ensuite sur un chemin muletier ou une piste de terre, on rejoint la cuvette de Pra, alpage considérable où se trouve le refuge Willy Jervis. En continuant au-delà du refuge jusqu'au bout de la vallée Pellice, on trouve le refuge Monte Granero, un autre point d'accès au massif du Mont Viso dans un environnement de haute altitude.

Le Glorieux Rapatriement des Vaudois

Le chemin fut long - de Genève aux vallées où ils étaient nés et d'où ils avaient été déportés en masse trois ans auparavant, en 1686 - lorsqu'avec un édit, Victor-Amédée II interdit le culte vaudois sur tout le territoire du duché de Savoie, comme l'avait fait l'année précédente Louis XIV en France avec la révocation de l'édit de Nantes. La persécution contre les hérétiques vaudois devait avoir comme solution finale la conversion forcée ou l'expulsion des territoires du duché vers les cantons calvinistes de la confédération helvétique, qui s'engageaient à accueillir les coreligionnaires. Mais l'appel de ces rudes montagnes, de leurs maisons confisquées, des pâturages et des vignes, pousse les Vaudois à une tentative de retour au pays. Le 17 août 1689, un groupe de moins de mille hommes, mais bien armés et financés par Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre et calviniste, se mit en route depuis Genève. La traversée des Alpes dura moins de deux semaines, fut entravée par un automne précoce et par les troupes françaises et celles de la Maison de Savoie sur les traces des rebelles. Il y eut une bataille rangée à Salbertrand, où les Vaudois eurent le dessus. Le retour dans les vallées ne marqua pas la fin des persécutions : le groupe armé engagea une guérilla qui dura jusqu'à l'été suivant et amincit le rang des combattants vaudois à seulement trois cents hommes, au bout de leurs forces. Uniquement le changement d'alliance de Victor-Amédée II, passant du front français à celui anglais et hollandais de la Ligue d'Augsbourg, marqua la suspension momentanée des persécutions envers les Vaudois, qui purent lentement retourner à leurs maisons et à leurs vallées.