Une longue vallée, fermée par des montagnes inaccessibles, avec des routes peu praticables, difficiles d'accès : ainsi dans les années 60, la vallée fut ignorée aussi bien du tourisme de villégiature estival que de celui des sports d'hiver. La population a émigré, laissant vides les bourgades perchées sur les coteaux ensoleillés. Les vingt dernières années, la vallée Maira a vécu un renouveau, avec la redécouverte et la valorisation de son patrimoine artistique et des architectures traditionnelles, l'héritage d'un passé de prospérité et d'autonomie, que vit fleurir la vallée entre le XIII° et le XVI° siècle. Récemment, la renommée de la vallée a franchi les frontières nationales, grâce à un parcours pédestre très apprécié des marcheurs, les Parcours Occitans.

Le parcours de visite

La porte de la vallée est Dronero (Draonier), regroupé autour du pont du Diable (XV° siècle), qui franchit la Maira avec trois arcs et un passage pour piétons bordé de créneaux. On parcourt la caractéristique via IV Novembre, qui traverse le centre historique avec ses maisons à arcades du XIV° et XV° siècle. L'octogonale Loggia del Grano, utilisée pour la négociation des céréales, est du XV° siècle. Dronero peut se vanter d'une tradition solide dans la production d'outils de coupe, et en particulier des faux.

Depuis le village, en suivant via Roccabruna, on monte visiter la remarquable église de S. Costanzo al Monte, qui conserve les absides romanes du XII° siècle.

Dronero est aussi le point de départ pour une excursion à la Réserve naturelle des Ciciu del Villar (commune de Villar S. Costanzo), où un parcours de visite accessible à tous permet d'admirer de spectaculaires colonnes d'érosion, formées d'une roche tendre (congloméré argileux) et allant jusqu'à 10 mètres de hauteur, surmontées de rochers de gneiss parfois larges de quelques mètres. Un centre des visites explique ce phénomène géologique.

En poursuivant sur la SP422, peu après Dronero, se trouve Cartignano (Cartinhan) dominé par le château du XIV° siècle. La vallée se resserre et, une fois passée la porte de Lòttulo, on atteint Bedale, un hameau de Celle Macra (Seles). On monte sur la gauche et à mi-hauteur, se trouvent les 18 hameaux de la commune. Autrefois, les habitants du village étaient vendeurs ambulants d'anchois et dans le chef-lieu Chiesa, le Musée multimédia des acciugai leur est dédié. L'église paroissiale de S. Giovanni conserve un polyptique de Hans Clemer, représentant la Madone sur le trône avec l'Enfant et les Saints (1496). Dans la bourgade Chiotto, la chapelle de S. Sebastiano date du XIV° siècle, avec des fresques peintes par Giovanni Baleison au XV° (Martyre de S. Sebastiano, Jugement universel et peines de l'Enfer).

La SP422 continue sur le fond de vallée vers Stroppo (Estrop), dont les 14 hameaux sont éparpillés depuis le fond de vallée jusqu' à 2000 m d'altitude environ. On monte au chef-lieu Paschero, pour poursuivre en direction de Cucchiales vers l'église de S. Pietro (San Peyre), bel édifice roman du XII° siècle, avec des fresques gothiques anonymes du XV° (Nativité, Annonciation et d'autres thèmes tirés des Évangiles apocryphes).

La vallée se resserre encore au niveau de la fin du vallon d'Elva, que la SP104 parcourt sur une route sinueuse et audacieuse, creusée directement dans la roche en différents points. Elva (Elva) mérite une visite pour la splendide cuvette dans laquelle il se dresse, au pied du mont Pelvo, et pour l'église paroissiale de S. Maria Assunta : dans l'abside, la Crucifixion du peintre flamand Hans Clemer, le Maître d'Elva ; sur les murs, du même auteur, un cycle sur l'Enfance du Christ et la Vie de Marie. Au village, dans la maison médiévale de la Meridiana a été installé le Musée de Caviè, qui raconte l'activité itinérante des collecteurs de cheveux féminins, un des nombreux métiers que les vallées occitanes surent s'inventer au XIX° siècle.

Avec comme point de départ le hameau chef-lieu (Serre), le parcours de randonnée « A spass per lou viol » décrit une boucle d'environ 30 km, entièrement balisé, en passant par les diverses bourgades de la cuvette d'Elva.

On reprend la remontée de la vallée principale sur la SP422, jusqu'à Ponte Màrmora, hameau du fond de vallée appartenant à la commune de Màrmora (La Marmo), qui rassemble des bourgades dispersées dans l'une des plus belles vallées tributaires, au pied de la Rocca la Méia (2831 m). À la bourgade S. Sebastiano, l'intérieur de la chapelle consacrée à Ss. Sebastiano e Fabiano (XV° siècle) présente des fresques peintes par Giovanni Baleison, avec des scènes tirées des Évangiles apocryphes. De la bourgade Reinero, la route carrossable monte le long du vallon de Marmora vers le col d'Esischie, puis se poursuit sur une route militaire de terre vers le col du Mulo (527 m) et le col de la Gardetta (2437 m), au milieu de hauts plateaux grandioses.

Pas loin de Màrmora, à l'entrée du vallon du Préit se situe Canosio (Chanuelhas), où l'on trouve d'autres exemples intéressants de maison alpine, datant du XVI°-XVII° siècle, avec les caractéristiques colonnes rondes, les chapeaux en bois, les portails sculptés, signe d'une importante richesse disponible.

En continuant à suivre la route départementale le long de la Maira (SP422), le village suivant est Prazzo (Pras), avec de nombreuses bourgades dispersées sur le vaste fond de vallée et les pentes du mont Chersogno (3026 m). Le bâtiment de l'ancienne mairie à S. Michele di Prazzo est digne d'intérêt, avec des fresques représentant les pères de l'Unité Italienne. Usseglio mérite aussi une visite, il conserve un patrimoine architectural tellement remarquable qu'il a été choisi comme lieu de tournage pour le film de Giorgio Dritti, Il vento fa il suo giro (Le vent fait son tour).

En poursuivant vers le bout de la vallée, on arrive à Acceglio (Assèj), dont le hameau chef-lieu, La Villa, est concentré en fond de vallée. Dans les vallons au-dessus d'Acceglio, on peut visiter diverses bourgades intéressantes : à Chialvetta, dans le vallon écarté d'Unerzio, se trouve le Musée ethnographique La Misun d'en bot, d'où part un parcours de visite incluant le four de la bourgade Ghèit et le moulin de Pratorotondo. À Chiappera, dernière bourgade du vallon Maurin, fermé par l'Aiguille de Chambeyron (3411 :m), menace le mur vertical du groupe Castello-Rocca Provenzale, avec des voies d'escalade classiques et modernes.

« Hors-d'œuvre » et Parcours Occitans

Au départ de Villar S. Costanzo, les Parcours Occitans sont un circuit de randonnée en 18 étapes, sur les deux versants de la vallée, avec l'arrivée à Macra dans le fond de vallée. Passant par des bourgades et des villages, il ne présente pas de difficultés d'alpinisme particulières. Il est entièrement balisé avec des panneaux et des marques jaunes, équipé de gîtes d'étape confortables, d'auberges et de refuges qui, en général, proposent un menu occitan. Les plats typiques de la vallée ont été tellement appréciés qu'ils ont été repris par le titre (Antipasti und Alte Wege, hors d'œuvre et anciennes routes) d'un guide populaire publié en Suisse (Rotpunkt Verlag). En plus des Parcours Occitans, la vallée possède un dense réseau de sentiers balisés et des itinéraires d'alpinisme, estivaux et hivernaux. Pour le VTT, la Route des canons est particulièrement alléchante. Ouverte durant le dernier conflit, elle parcourt sur un chemin de terre la ligne de partage des eaux entre les vallées Maira et Varaita, du col de Rossana (617 m) au col de la Bicocca (2285 m).