L'itinéraire de visite en val de Susa occitan s'effectue entièrement dans la vallée supérieure : la frontière linguistique entre l'aire occitane et celle franco-provençale se situe dans la vallée de la Dora, terre de frontière et de passage. Pour compliquer les choses intervient aussi la pénétration du français, en raison de l'adhésion de la haute vallée au Dauphiné pendant cinq siècles, du XIII° au traité d'Utrecht en 1713. La haute vallée de Susa est généralement fréquentée pour ses stations de ski bien équipées. Mais il n'y a pas que cela : également de nombreux souvenirs du passé liés à la via Francigena, au passage des armées, de rois et de chefs.

Le parcours de visite

De Susa, on suit la SS24 pour remonter la vallée jusqu'à Chiomonte, le premier centre de langue occitane de la vallée. Le village a des origines très anciennes, même si, en raison d'un glissement de terrain, l'agglomération d'aujourd'hui fut construite sur le versant opposé, sur un coteau de la rive droite orographique où il y avait déjà un groupement de huttes. Le village s'aligne le long de la rue centrale, via Vittorio Emanuele II (l'antique «Chemin royal»), et conserve quelques belles fontaines du XVI° siècle. Dans la cour du palais Beraud se trouve l'oratoire roman de S. Caterina, fondé au XII° siècle et ancien lieu d'accueil le long de la via Francigena. Des fresques du XIV° siècle y ont été excavées et restaurées. Sur la rue principale se trouve l'église paroissiale de l'Assunta, reconstruite au XV°-XVI° siècle à la place d'une église médiévale, avec un mince clocher du XV° siècle. Le palais Levis (XVII° s.) abrite la galerie d'art municipale consacrée au peintre Giuseppe Augusto Levis, natif de ce village et actif dans la première moitié du XX° siècle. La façade de la maison Ronsil (XIII° s.) est remarquable, elle est peinte avec une technique de sgraffite (XVII° s.). Dans le territoire de Chiomonte, on rejoint par un petit détour le site et le musée archéologique de La Maddalena (pièces du Néolithique à l'Âge du Fer), sur la rive gauche orographique où se trouvent de remarquables vignobles en terrasses. Autre chose à ne pas manquer, le tunnel de Thullie accessible depuis le hameau Ramats : il s'agit d'un canal d'irrigation souterrain, d'une longueur de 500 m environ, creusé entre 1526 à 1533 par Columbano Roméan, natif de Chiomonte.

Après Chiomonte, la SS24 monte plus abruptement, en vue du fort d'Exilles, édifié dès l'antiquité sur un éperon rocheux s'avançant sur la vallée. Les structures massives actuelles de la forteresse remontent à la restructuration de la première moitié du XIX° siècle. Depuis l'an 2000, il abrite un musée permanent avec une section sur les troupes alpines et une sur l'architecture militaire, deux circuits de visite, des lieux d'expositions et d'événements. L'agglomération d'Exilles n'est pas loin : on peut y visiter l'église romane de S. Pietro Apostolo, fondée au XI° siècle, avec un beau portail gothique et un clocher de style roman tardif.

Sur la rive gauche de la Dora, au début de l'immense cuvette d'Oulx, se trouve Salbertrand. Le 3 Septembre 1689, lors du Glorieux Rapatriement, une bataille décisive y eut lieu entre les troupes françaises et les Vaudois, qui réussirent à passer le bloc et à aller dans la vallée Chisone. L'église paroissiale de S. Giovanni Battista, de style gothique tardif (début du XVI° s.), fut construite sur un bâtiment plus ancien. Sur la façade, le portail sculpté d'arc en accolade, datant de 1512, est une œuvre de Matthieu Rode et la Chevauchée des vices du XVI° siècle est remarquable. Dans les rues, on croise de belles fontaines des XVI° et XVIII° siècles. À Salbertrand se trouve le siège du Parc Naturel du Grand Bois de Salbertrand, une étendue de 2000 hectares sur la rive droite orographique de la vallée.

Là où la vallée se divise, dans une large cuvette, la commune d'Oulx est composée de Borgo Basso et Borgo Alto et de nombreux hameaux dispersés. Dès l'époque romaine, elle fut un endroit stratégique pour traverser les deux cols, du Mont Cenis et du Montgenèvre. Au Moyen Âge, Oulx eut encore une grande importance grâce à la création du Presbytère de S. Lorenzo, au XI° siècle. Le seul témoin restant de la cité médiévale est la Tour sarrasine à créneaux (XII° s.). L'église paroissiale de S. Maria Assunta, construite au XV° siècle sur le site du presbytère médiéval, a été refaite plusieurs fois.

En poursuivant vers le sud sur la SS24, peu après Oulx, on monte vers Jouvenceaux où la chapelle de S. Antonio Abate présente sur la façade des fresques du XV°-XVI° siècle. De ce hameau, on continue vers Sauze d'Oulx, une importante station de ski alpin dans le vaste complexe de la Via Lattea (Voie Lactée), qui comprend Sauze d'Oulx, Sansicario, Sestrière, Pragelato dans la vallée Chisone, Clavière et Montgenèvre en France. Traduit de manière erronée sous le fascisme par Salice d'Ulzio, le toponyme, d'origine ancienne pré-indo-européenne, désigne un endroit rocheux.

En continuant sur la route nationale en fond de vallée, on monte à Cesana Torinese, un village d'origine antique, mentionné comme une étape dans les itinéraires romains vers le col du Montgenèvre. Il garde un centre historique charmant regroupé autour de la rue centrale, via Roma. L'église de S. Giovanni Battista, en position surélevée, conserve des traces de l'édifice roman du XII° siècle. De Cesana, la SR23 remonte la vallée : un embranchement porte à la station de sports d'hiver de Sansicario. La route régionale continue jusqu'au col de Sestrière, célèbre station de sports d'hiver en fonction depuis les années 30, quand la famille Agnelli promut la construction des tours et des premières remontées mécaniques. De Sestrière, avec la SP215, on descend dans le fond de vallée du torrent Ripa jusqu'à Sauze di Cesana, qui conserve, dans le chef-lieu et dans le hameau de Brusà des Planes, des maisons anciennes (XVI°-XIX° s.) et des fontaines avec dauphins et lys de France. On descend à nouveau pour revenir à Cesana Torinese, atteignant les hameaux Rollières et Bousson, où l'église paroissiale de Nostra Signora della Neve conserve un portail gothique.

Après Cesana, la SS24 continue de grimper dans les montagnes vers le col du Montgenèvre, au-delà de la frontière et déjà fréquenté à l'époque romaine (Mons Matrona) : ici, se terminait la via Domitia qui rejoignait le sud de la Gaule et la péninsule ibérique.

Depuis Oulx, la visite du val de Susa suit la SS335, qui remonte la vallée de la Dora di Bardonecchia. La vallée, parcourue par l'autoroute et la voie ferrée, en direction du tunnel du Fréjus, est étroite jusqu'aux gorges de la Pierre Taillée, puis s'ouvrent dans la vaste cuvette de Bardonecchia. Le village a une solide vocation touristique, en raison de la station de ski, mais il conserve quelques maisons antiques et quatre cadrans solaires dans le Borgo Vecchio. L'église paroissiale de S. Ippolito est du dix-neuvième siècle, construite sur une église plus ancienne dont il reste le clocher roman. Un petit musée ethnographique raconte la vie de la vallée avant l'arrivée du tourisme. Le fort de Bramafan (XVIII° s.), construit sur un vieux château pour la défense du tunnel du Fréjus, abrite une exposition de musée sur les architectures militaires et les guerres de la première moitié du XX° siècle. Plusieurs randonnées mènent aux hameaux situés en hauteur : à Millaures, la chapelle d'Orres conserve des fresques du XVI° siècle (la Chevauchée des vices et d'autres) ; depuis Les Arnaud, un chemin muletier monte à la chapelle de Notre Dame du Cognet, avec des fresques de la fin du XV° ; à Mélezet, un hameau d'où provenaient plusieurs artistes (des sculpteurs sur bois) actifs dans le val de Susa entre le XV° et le XVIII° siècle, on peut visiter l'Exposition d'art religieux alpin, dans l'oratoire de Nostra Signora del Carmine.

La via Francigena

Le col de Montgenèvre (1850 m) fut le plus fréquenté par les pèlerins qui, de la France, se rendaient à Rome et en Terre Sainte. Le voyageur le plus célèbre dans le val de Susa fut Philippe Auguste, roi de France : il monta le col de Montgenèvre au retour de la troisième croisade, en 1191. Dans de nombreux villages de la vallée, il y avait des hospices qui accueillaient les pèlerins, gérés par des ordres monastiques hospitaliers et par d'importantes institutions religieuses de la vallée, dont le presbytère de S. Lorenzo à Oulx et dans la basse vallée, la puissante abbaye de la Chiusa di S. Michele. Aujourd'hui, un itinéraire piéton balisé nous permet de marcher sur les traces des pèlerins médiévaux. Au col de Montgenèvre, un tableau indique la longueur de l'itinéraire jusqu'à Rome : 914 kilomètres de routes secondaires, sentiers et chemins, pour un mois de voyage environ.