Français

Les cimes que j’aperçois dans la vallée de Suse sont majestueuses….

Je me laisse souvent transporter par leur grandeur, dans des lieux lointains et fabuleux. J’aime voyager dans un monde imaginaire, créé simplement par ce labyrinthe inextricable de pensées : la réalité et l’imagination. Elles me transportent dans un tourbillon idyllique, elles me permettent de voler au-dessus des sommets tout en restant assise, grâce à des ailes précieuses. Les fleurs oscillent dans le vent qui provient de l’orient, elles dansent doucement la mélodie de la montagne. En fait, il me semble entendre une douce voix qui résonne de la terre, des arbres, du ciel et même des fleurs. Tout cela se confond dans le vent et dans les voix délicates des jeunes et des guides du Club Alpin. Je voudrais accompagner cette voix lointaine mais je ne connais pas les paroles de ce chant. Parfois il me semble même qu’elles disparaissent dans la foret et dans la végétation profonde. Parfois elle parait aussi puissante que les pas de la déesse Artémis. Parfois cela ressemble au chant de nombreuses espèces d’oiseaux qui échappent à notre vue.

La montagne est magique, bien plus que la potion de la magicienne Circée, bien plus que les éclairs de Zeus. Elle a ce grand pouvoir enchanteur. En effet, si tu n’es pas attentif, tu risques d’être hypnotiser en observant les sommets rocheux et enneigés. Tu restes immobile, figé à regarder le vide plein de ce que tu ne sais pas.

Ah… la montagne… il faut la respecter, c’est une grande ennemie pour celui qui ose la défier, mais une très grande amie pour celui qui sait l’écouter. Ecouter sa beauté et la comprendre, comme si c’était une antique prophétie. Elle continue à me susurrer des messages et je sens que c’est mon subconscient qui m’empêche de les dévoiler.

Je soupire, je déguste cet air délicat mais cinglant de la montagne. Mes yeux croisent l’horizon. Les nuages me sourient, le vent me caresse avec douceur, les fleurs dansent, le soleil me baigne, les oiseaux jouent entre eux… et nous paisiblement, nous dégustons notre repas pendant que.. la montagne chante.

Incessamment, à travers un rythme lugubre et gai à la fois. Elle, la grande et sage, elle connait les morts et les vies de beaucoup d’hommes, elle a vu la gloire et la stupidité de l’homme. Je la regarde et elle, avec son regard en coin, elle m’observe… presque comme si elle était embarrassée d’exhiber sa fabuleuse harmonie étreignant aussi bien la sérénité que le chaos total.

Madame la montagne, beaucoup d’hommes ont écrit des odes pour toi ; et toi tu nous offres la vue sur ce panorama grandiose. Je t’en suis infiniment reconnaissante pour avoir mérité ce don, ce luxe.

Recroquevillée sur le rocher, je mange mon casse-croute. Satisfaite. Nous avons tous bien marché et maintenant tous, nous apprécions cette récompense. Satisfaits…

L’esprit de groupe est fort et me ravit le cœur de courage. La montagne est à craindre mais avec le Club Alpin tu ne dois pas avoir peur.

Les rires et les voix des jeunes et des adultes se mélangent aux rumeurs de la montagne.

Toutes les notes sont transportées dans des endroits mystérieux et à nous inconnus.

Mes pensées continuent à s’emmêler, à se perdre dans les paysages qui s’offrent à moi.

Mais quelque chose m’interrompt dans mon voyage…

« Tu veux du saucisson ? »

Je me retourne brutalement, surprise de joie.

Devant moi il y a Dom, le gentil géant au sourire généreux.

« Pourquoi pas » je lui réponds ravie.

Il s’éloigne satisfait.

Les personnes vraiment gentilles ne demandent rien en échange, pas de rançon.

Dom retourne parler avec Sabine et Lucien toujours plein de nouveautés.

Pendant ce temps, Monique, Fabien et Claire s’échangent des regards mystérieux, un petit soupçon que l’on perçoit à peine… comme s’ils étaient en train de comploter quelque chose…

« Allez les jeunes, c’est l’heure de repartir » s’exclame Claire.

Elle exprime un ordre. Il faut s’exécuter.

Et de façon presque désinvolte, je me lève ; la pierre était devenue presque commode…

Je jette mon sac sur mes épaules.

Une certaine émotion change en moi. Je me sens plus pleine, pleine d’énergie. Je respire l’air comme la première fois ; l’air est frais, piquant, l’air de montagne.

Mes jambes partent pratiquement sans mon consentement.

Une seule pensée remplit l’esprit de notre groupe : c’est maintenant.

Adrénaline.

Kate Wilson 2019